Les Prix du Ministre : une tradition d'excellence / Suzanne Lanctôt, Hubert Tremblay. -- Pédagogie Collégiale, 2, no 2, déc. 1988, p. 12-14. -- SDM 8865954.

Texte intégral de l'article

SDM 8865954

Les Prix du Ministre: une tradition d'excellence <note *>

Suzanne Lanctôt
Service de développement du matériel didactique, DGEC;

Hubert Tremblay
rédacteur en chef, Fine Pointe

En 1978 était créé le programme d'aide à la production de matériel didactique. En mai 1979, la Direction générale de l'enseignement collégial, de concert avec les directeurs des services pédagogiques des cégeps et des collèges privés, entreprend de dresser un inventaire des volumes et des cahiers de notes de cours conçus et rédigés par des enseignants de l'ordre d'enseignement collégial.

Ayant constaté l'existence d'une abondante documentation didactique, la Direction générale de l'enseignement collégial confie alors au cégep du Vieux Montréal la tâche d'organiser une «exposition itinérante» pour faire connaître cette ressource pédagogique. Parallèlement, à la même époque, le directeur du Service des programmes de la DGEC crée le concours de production de matériel didactique dans le but d'encourager les enseignants à produire des documents.

L'année suivante, un «Prix du Ministre de l'Éducation» s'ajoute aux prix d'encouragement et vient couronner la meilleure production écrite.

Prix du Ministre, prix d'encouragement et mentions, 1978-1988 - Tableau-synthèse

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Secteur                       Prix du    Prix d'en-  Mentions      Total

                              Ministre  couragement
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Volumes                         11          48          16          75
Notes de cours                  --          28          10          38
Audiovisuel                      4          16          12          32
Informatique                     4           6           4          14

Recherche                        2           3           4           9
Autres                           1           3          --           4
TOTAL                           22         104          46         172
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En 1981, des prix d'encouragement sont également accordés à des documents audiovisuels ainsi qu'à des rapports de recherche. Le concours s'ouvre ainsi à deux nouvelles catégories.

En 1982, soit deux ans après la mise en application du programme d'aide à la production de manuels scolaires, un premier volume, coproduit avec la DGEC, est couronné.

A partir de 1985, l'exposition et le concours relèvent dorénavant du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science et comprend trois catégories: l'écrit, l'audiovisuel et l'informatique, auxquelles s'ajoutera, en 1987, la catégorie des rapports de recherche pédagogique.

Le concours fête cet automne son 10e anniversaire. Il est maintenant devenu une tradition dans le monde de l'éducation. En dix ans, environ 1200 documents didactiques auront été évalués par des jurys; 172 auront été couronnés. On compte, chaque année, plus de 100 inscriptions provenant d'une trentaine de collèges différents. Ces chiffres en imposent! Par leur participation constante au concours, les enseignants des divers collèges nous prouvent que la production de matériel didactique constitue pour eux un moyen non négligeable

[début de la page 13 du texte original]

d'améliorer la qualité de l'enseignement et qu'ils n'hésitent pas à fournir un effort de travail supplémentaire pour atteindre cet objectif.

Cette année, 107 documents ont été soumis à l'attention des jurys par 32 cégeps et par cinq collèges privés. Fait à souligner, neuf collèges ont inscrits quatre documents ou plus, le cégep de Sherbrooke se distinguant avec pas moins de onze documents! Tout ce matériel a été produit par 22 éditeurs différents, sans compter six collèges-éditeurs. Cinq Prix du Ministre, auxquels s'ajoutent huit prix d'encouragement et onze mentions ont été décernés.

Prix du Ministre

Une véritable «somme» sur notre cinéma

Qui réalisa le premier film au Québec? Quand eut lieu la première projection cinématographique? Pourquoi la censure empêchait-elle la diffusion de certaines oeuvres? Qui furent les vedettes les plus populaires? Que pensaient les cinéastes de la Révolution tranquille? Quel rôle l'argent joue-t-il au cinéma? Quelle a été l'importance de l'Office national du film?

Autant de questions pour lesquelles on trouvera des réponses dans Histoire générale du cinéma au Québec d'Yves Lever qui enseigne le cinéma au cégep Ahuntsic. Dans cet ouvrage ambitieux, publié par Boréal, l'auteur rend compte, dans une perspective sociologique, des nombreux volets de l'activité cinématographique au Québec. On y découvre les thèmes, les symboles, les modes et les courants qui caractérisent la vie du septième art sur nos écrans.

C'est donc à une véritable «somme», bien documentée et agrémentée d'illustrations exceptionnelles, qu'est attribué le Prix du Ministre dans la catégorie des documents imprimés.

Pour jouer un texte bien compris

Le théâtre: la découverte du texte par le jeu dramatique, de Denis Girard et Daniel Vallières du cégep de Sherbrooke, publié par les Éditions La Lignée, mérite, ex-aequo, le Prix du Ministre dans la catégorie des imprimés. Ce livre s'adresse avant tout aux élèves des collèges et des écoles secondaires qui s'initient au théâtre dans le cadre de leurs études générales, mais aussi aux comédiennes et comédiens amateurs. Deux grands objectifs animent les auteurs: développer la capacité d'analyse d'un texte dramatique et donner les moyens de bien le jouer devant un public.

Après une introduction générale au théâtre, deux chapitres sont consacrés à l'étude du personnage, en particulier à celle des stéréotypes humains; le suivant s'attache à l'analyse psychologique du personnage; les deux derniers le considèrent à travers la mise en scène et les répétitions.

Le théâtre, fruit de huit ans de travail, est un ouvrage complet, où la théorie est constamment illustrée par des exemples, des exercices et des activités pratiques.

Un procès sur écran

Deux policiers se présentent dans un restaurant à la suite de plaintes de voisins au sujet du bruit que font les clients installés sur la terrasse nouvellement construite. Ils y trouvent Sylvie et sa soeur Isabelle qui semblent consommer des boissons alcooliques. Pressées de questions, les jeunes filles prétendent avoir quinze et dix-huit ans.

Des accusations sont donc portées contre le propriétaire en vertu de la Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques: absence de permis, présence de mineures non accompagnées de leurs parents, service d'alcool à des mineures.

Grâce au vidéogramme La procédure criminelle et pénale réalisé par une équipe du cégep de Bois-de-Boulogne, les élèves peuvent suivre le propriétaire du restaurant dans chacune des étapes qui constituent la procédure criminelle et pénale devant les tribunaux: comparution, enquête préliminaire, procès, verdict, sentence.

Le document est particulièrement utile pour ceux et celles qui n'ont pas la possibilité de se rendre au Palais de justice pour assister à un procès. Il s'adresse notamment aux élèves des cours de droit de l'entreprise et de droit des affaires ou à ceux qui sont inscrits au programme de techniques policières.

Le document de vingt-trois minutes a été conçu par Me Jean-Pierre Archambault et réalisé par Marie Bourbeau, les producteurs délégués étant Eduardo Brito et Laurent Simard. Signalons que ce vidéogramme avait été précédé, dans la même série, de La procédure civile.

Bien écrire en écrivant

L'élève s'installe devant l'écran de son micro-ordinateur et commence, bien naturellement, à taper mots, phrases, paragraphes. Mais derrière l'écran se cachent de bien utiles petites banques contenant toutes les informations permettant d'éviter les pièges de l'homophonie ou de l'orthographe des mots invariables. Ces répertoires peuvent être activés au besoin et devenir interactifs. Dès le moindre faux pas, ils peuvent, sur demande, avertir l'élève, puis le conseiller.

Cet outil nouveau s'appelle SITO: Système informatisé tutoriel en orthographe. Le grand principe qui l'anime est de faire écrire d'abord et, à partir du texte écrit, de susciter une consultation et une auto-correction. En somme, comme on apprend à bien parler en parlant, on peut apprendre à bien écrire en écrivant.

«Lisable» ou pas «lisable»?

Qui n'a jamais entendu un élève prononcer cette phrase fatidique: «C'est pas lisable, ce texte-là!»? Devant une telle appréciation, on peut adopter deux positions: accuser l'élève d'incompétence ou examiner le texte incriminé. C'est la seconde solution qu'a retenue Nicole Bourbeau, du cégep de Sherbrooke, auteure de «C'est pas lisable»: La lisibilité des textes didactiques, un ouvrage qui lui vaut le Prix du Ministre dans la catégorie des rapports de recherche.

Le but de Nicole Bourbeau n'est évidemment pas de faire retirer de la circulation tous les textes jugés complexes: la tâche serait manifestement impossible. Il s'agit plutôt d'aider les maîtres à donner aux élèves des moyens de lire les textes qu'ils auraient autrement rejetés; en encadrant les élèves adéquatement, il devient possible de les faire progresser, de les amener à lire des textes de plus en plus difficiles. Sachez d'ailleurs qu'il existe des moyens mathématiques pour mesurer la lisibilité

[début de la page 14 du texte original]

d'un texte.

Enfin, puisqu'il vaut mieux prévenir que guérir, l'ouvrage contient aussi des conseils pratiques pour les enseignantes et les enseignants qui rédigent du matériel didactique. Par exemple, on y apprend que certains mots (ceux qui sont familiers et concrets) et certaines phrases (par exemple les phrases courtes) sont plus faciles à décoder parce que plus adaptés aux mécanismes de la mémoire.

Prix d'encouragement

Aux cinq Prix du Ministre s'ajoutent cette année huit prix d'encouragement, qui couronnent les documents suivants:

Volumes

- Immunologie générale, de Jean-Pierre Régnault du cégep Montmorency, publié par Décarie éditeur;

- Instruments d'analyse d'usage industriel, de Michel Ruel du cégep de Lévis-Lauzon, publié par les éditions Odile Germain.

Notes de cours

- Chimie raisonnée, de Réal Cantin et Laurent Chénard du cégep de Rimouski;

- Génétique, de Françoise Randon Emmell du cégep de Bois-de-Boulogne.

Audiovisuel

- Le milieu naturel (Série Paysages gaspésiens), d'Hélène Leroux (responsable pédagogique), Vic Pelletier (réalisateur) et Huguette Boutin (productrice déléguée) du cégep de Matane.

Catégorie spéciale

- Tableau périodique des éléments, de Jean Arata et Gaétan Roy du cégep de Limoilou;

- KIMIKWIZ, jeu pédagogique pour l'apprentissage de la chimie, de France Leblanc du collège Marie-Victorin.

Mentions

Enfin, onze documents voient leur qualité reconnue par l'attribution d'une mention:

Volumes

- Le transport des personnes et des marchandises (2e éd.), de Denis Bertrand du cégep Lionel-Groulx, publié par les éditions FM.

Notes de cours

- Translation Elation, de Paul Fournier du collège André-Grasset;

- Probabilités: apprentissage des probabilités, par André Reumont du cégep de Maisonneuve.

Audiovisuel

- Le récit vu de l'intérieur, vidéogramme de Roland Geiser et Jacques Guillette du cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu;

- Aspects de la Côte-Nord, diapositives, fiches et cartes de Jean-François Boivineau et Jacques Delagrave du cégep de Sept-Iles.

Informatique

- Enquête, logiciel du domaine des sciences sociales, de François Larocque du cégep de Drummondville;

- Domino, logiciel du domaine biomédical, de Jean-Marc Robitaille du cégep de Maisonneuve.

Recherche

- Programme de développement de la pensée formelle, du groupe Démarches du cégep de Limoilou;

- Formation intellectuelle et enseignement de la philosophie au collégial, tomes 1 et 2, de Claude Péloquin, Nicole Toussaint, Michel Beaulieu et Gaétan Ducasse du cégep de Bois-de-Boulogne;

- Mathématiques et programmation, de Jacqueline T. Giard du cégep de Sherbrooke;

- L'ensemble des volumes réalisés par les enseignantes et les enseignants du département des Techniques de soins infirmiers du cégep de Bois-de-Boulogne.


A part quelques exceptions, les plans de cours que reçoit un étudiant de niveau collégial sont plus souvent qu'autrement truffés d'objectifs que jamais un humain normalement constitué ne peut atteindre dans le cadre limité d'un cours, mais dont la réalisation est présentée comme essentielle à la réussite du cours. Si on ajoute à cela que chaque élève reçoit, à chaque trimestre, quelque six à sept plans de cours qui, grosso modo, ont l'air d'exiger de lui d'arriver, pour chacun de ses cours, à la maîtrise d'une quantité assez extraordinaire d'objectifs, on ne peut conclure qu'à une alternative: ou bien les élèves qui réussisent sont tous des génies ou bien les activités d'évaluation par lesquelles le professeur entend mesurer la réussite du cours n'ont rien ou presque rien à voir avec les objectifs présentés dans le plan de cours. (Forcier, Paul, «Le plan de cours: signe et gage de cohérence institutionnelle», Les actes du colloque des 20 ans des cégeps, tome 3: La formation fondamentale, Montréal, Fédération des cégeps, AQPC, Montréal, à paraître en janvier 1989)


<Note *> Tiré de: Fine Pointe, vol. 5, no 3, décembre 1988, et de Répertoire des prix du Ministre et des mentions, 1978-1988, DGEC, décembre 1988.