Histoire des sciences et pédagogie au collégial

Numéro: 

2

Volume: 

16
Simard, Jean-Claude

Une première version de ce texte figure sur le site du Saut quantique, le Centre d’innovation pédagogique en sciences de la nature au collégial, à l’adresse suivante : www.apsq.org/sautquantique, dans la section intitulée « Dossiers chauds ». Développé dans une optique différente, le texte actuel est davantage orienté vers l’ensemble des domaines scientifiques, incluant donc les sciences dites humaines. Dans toute son histoire, la science n’a jamais joué un rôle social aussi important qu’à l’époque actuelle, alors que, plus ou moins directement, elle touche et transforme toutes les dimensions de notre vie. Pourtant, en raison de son excessive spécialisation, de son vocabulaire éminemment pointu, du caractère abscons du formalisme mathématique et de l’abstraction extrême de certaines de ses théories, elle n’a jamais paru si peu accessible, du moins aux yeux du grand public. C’est pourquoi la vulgarisation scientifique est devenue, au fil des ans, une branche à part entière de l’édition ou de l’activité médiatique. Elle connaît d’ailleurs un succès aussi certain que mérité. Mais ce n’est malheureusement pas suffisant car le fossé ainsi creusé risque d’engendrer, soit le scientisme chez des praticiens déconnectés, soit l’obscurantisme chez des profanes dépassés, deux fléaux antithétiques propres à favoriser, en amont comme en aval, de dangereux déficits démocratiques. Aussi ne faut-il pas se fier aux seuls avantages de la vulgarisation ; intégrer l’activité scientifique elle-même à une forme de culture élargie constitue à notre avis une nécessité de plus en plus évidente. C’est d’ailleurs l’un des sens principaux de l’expression culture scientifique, une figure sociale en gestation et dont il faut accélérer l’émergence. Il nous semble qu’une telle culture doit comporter au moins trois volets complémentaires, quoique distincts, liés aux diverses modalités de l’activité scientifique : sa dimension cognitive, son développement historique et ses retombées sociales. À cet effet, progressivement affinés au cours du siècle dernier, trois champs d’investigation peuvent orienter efficacement la réflexion. Plus philosophique, mais à présent pratiquée aussi par les femmes et les hommes de science, l’épistémologie vise à prendre en compte la dimension cognitive de l’activité scientifique. Quant à l’histoire et à la sociologie des sciences, bien que moins connues du grand public, elles sont souvent utilisées par la vulgarisation elle-même. Enfin, analysées sous l’angle des rapports entre science, technologie et société, les retombées sociales constituent un champ d’expertise qui a pris beaucoup d’ampleur dans la seconde moitié du XXe siècle. En fait, ce champ est progressivement devenu une composante incontournable de la réflexion contemporaine en matière d’activité scientifique. Comme l’indique le titre de cet article, nous traiterons surtout ici le second de ces trois volets. Nous souhaitons entre autres envisager la question sous un angle pédagogique. Auparavant, en effet, les différentes disciplines scientifiques au collégial n’avaient guère à tenir compte de la dimension historique dans leur enseignement et, quand elles le faisaient, c’était souvent de manière assez anecdotique. Une telle attitude n’est plus guère possible. À titre d’exemple, examinons le cas des sciences de la nature. Deux au moins des objectifs du nouveau programme, entré en vigueur ces récentes années, touchent directement des éléments relatifs à l’histoire des diverses disciplines dont on enseigne les bases. Il s’agit des objectifs 8 (« Établir des liens entre la science, la technologie et l’évolution de la société ») et 10 (« Situer le contexte d’émergence et d’élaboration des concepts scientifiques »). C’est dans le cadre d’une culture élargie – ce que nous avons précédemment appelé une culture scientifique – que nous nous proposons d’analyser ici ces nouveautés pédagogiques et disciplinaires. L’adoption d’une telle optique devient d’ailleurs d’autant plus pertinente que notre compréhension de l’histoire des sciences a elle-même subi des changements importants au cours du siècle qui vient de s’achever, entraînant des modifications significatives dans notre conception de leur genèse comme de leur développement. De plus, cet éclairage nouveau alimentera, espérons-le, la réflexion personnelle de l’enseignante ou de l’enseignant appelé à aborder l’histoire des sciences avec ses élèves.

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